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Les jours qui coulent sans deadlines. Sans rapport en rendre. Sans cours à donner. Sans évaluations à corriger. Sans penser au lendemain. Les réveils trop tôt, les mines peu aimables, tout ce qui fait que je n'ai pas envie de remettre un orteil dans l'établissement alors que j'aime mon travail. Les petits conflits et les grosses fatigues. Fermer la salle de classe à clef et s'enfuir en vacances bien méritées.

Affronter Noël et serrer les dents. Croiser les doigts. Arrêter de respirer et attendre que ça passe, les mâchoires crispées. Et s'enfouir chez soi, sous les plaids et la couette violette. Volets fermés pour se cacher des matins qui ne nous concernent plus. La nuit se regrignote en morceaux quand on n'a plus à vite s'endormir pour avoir toutes les heures de sommeil bien calculées. Les séries, allez encore un épisode et on va se coucher, les films d'avant qu'on se fait découvrir en s'entremelant les doigts.

Dehors, le vent souffle. Depuis des jours. Sans s'arrêter. Ce sifflement tellement persistant qu'on met nos casques et nos écouteurs parce que chut chut c'est assez. On allume nos lampes beaucoup plus tôt, c'est comme si la nuit ne cessait de ne pas s'arrêter. Et comme on loupe les matins, on voit très peu la lumière et bien plus souvent l'obscurité. Mais on a du nougat, du chocolat et du thé de noel qu'on boit encore, notre sapin toujours allumé. Et on a les baisers dans le cou, et sur nos joues qui sont toujours à portée.

La dernière soirée de 2017, la pluie et le vent étaient toujours présent. Griffant nos fenêtres pendant qu'on souriait de ne pas avoir à sortir. Dans notre tanière, du champagne dans mes coupes gravées. Des étoiles sur la table et sur ma nouvelle robe de nuit. Sous nos doigts, on essayait de faire tenir la pile de livres que je n'ai pas encore lu. Plus de deux mètres de lecture pour la nouvelle année. Et probablement d'autres puisque je ne sais pas m'arrêter d'en acheter. Mais aucun ne semble me faire de l'effet depuis que j'ai terminé celui écrit par la femme d'un disparu dans les attentats. L'amour, le vrai, celui qui devrait être écrit ailleurs que dans les tragédies. Celui si intime et pourtant si universel. J'en pleurais dans le train qui nous ramenait de Belgique. J'ai l'impression de n'avoir plus rien à lire depuis ces pages.

Alors en échange, je regarde des vidéos sur youtube. Beaucoup. J'apprends à connaître ceux qui se racontent par autre chose que par des mots. Des plans, des couleurs, des images. C'est différent et c'est la même chose, au fond. Qu'est ce qu'on voit dans nos vies, quelles sont les souvenirs qu'on retient et qu'on perçoit. La couleur du ciel sur un nuage et le sourire de la personne aimée. Comment décrire la vie qui palpite, comment être suffisamment dans le vrai pour soi-même se raconter. Voilà chez moi, voilà ce qui m'entoure, voilà ce dont je suis constitué. Regarde bien ce que j'écris, ce que je filme, ce que je suis sous cette peau qui n'arrive jamais à me contenir en entier. Regarde tout ce qui me remplie, tout ce qui me nourri. Regarde tout ce puzzle qui fait de moi une seule personne, une seule unité. Regarde et dis moi si ça raisonne, si tu vibres pareil. Si dans nos différences, dans nos différences, on ne se ressemble pas dans notre humanité.