IMG_3974

 

J'ai monté les deux étages, comme à chaque fois. Lentement. Regardant toutes les salles d'attentes, tous les noms sur les portes. J'étais en avance, comme d'habitude. La peur d'être en retard me faisait toujours prendre un rendez vous une heure après la fin des cours. Ce qui me laissait toujours le temps de faire le trajet, puis de rester quelques instants dans la voiture pour souffler. Couper avec la journée, couper avec les problèmes qui sont ceux des autres et pas les miens. Me recentrer sur moi, inspirer, expirer et ouvrir la portière.

Ça fait deux ans que j'ai commencé cette thérapie. Et jeudi dernier, c'était la dernière séance. Celle pour boucler, pour finaliser, pour conclure et résumer. Deux ans à finir dans ce cabinet blanc et épuré. Son sourire à elle et ses encouragements. Ses questions. Sa façon de me rassurer et de me féliciter. Deux ans pour venir à bout des troubles alimentaires qui toujours, revenaient. Petite, adolescente, adulte. Toujours un moment où ils me rattrapaient. Où ils me serraient à la gorge sans me lâcher. Un faux pas, une baisse de moral et les voilà sur le pas de ma porte, et sous ma peau dans la foulée. La dernière fois, c'était en automne que j'ai flanché. Et j'ai fini par dire stop, ça suffit, j'en ai assez.

J'ai cherché des noms sur internet, j'ai appelé, j'ai écris mes mots dans un mail peu assuré. Et je l'ai trouvé, elle. Pendant deux ans, elle n'a pas cherché à savoir le pourquoi, elle a cherché à savoir comment faire maintenant pour les faire arrêter. Les émotions, les sensations, rappelez vous, comment vous vous sentiez. On a travaillé dur, et j'ai parfois pleuré en sortant dans les nuits glaciales qui m'attendaient. Et j'ai ri aussi, beaucoup, quand je sentais quelque chose au niveau de la poitrine, qui s'était débloqué. Clac, un noeud en moins. Une respiration plus grande, plus apaisée.

Alors on a parlé, de tout le chemin que j'avais fait. Celle que j'étais avant, celle que je suis maintenant. Les changements à l'interieur, les changements à l'exterieur. Moi et mes projets. Moi et ma vie qui vacille moins, qui tient plus sur ses bases stabilisées. Elle m'a promis d'être là en cas de problème, en cas de rechute improvisée. Mais elle savait que je n'en avais plus besoin, que c'était juste pour apaiser cette angoisse passagère qui s'était invitée. "Bonne continuation", elle a dit en me serrant la main un peu plus longtemps. Elle a fermé la porte, j'ai dévalé les deux étages et j'ai respiré une grande fois l'air de la nuit qui tombait. Sur le chemin du retour, j'ai acheté beaucoup de chose à manger. Tout ce qui me faisait envie, tout ce qui me plaisait. Plus de méchant grand vide sur le coin de mon épaule, juste moi, moi, moi tout entier.