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Comme je n'ai pas le temps, je me débrouille comme je peux pour garder le contact avec les vivants. J'envoie des messages très tôt pour avoir des nouvelles, je commande sur amazon une édition limité en noir et jaune, j'accroche des feuilles sur les portes au scotch doré. Je m'éparpille comme je peux, je tape sur les épaules pour dire "hey, je suis là, je te vois" et je pars faire autres choses avec, sur le dos de ma main, plein de croix. Ne pas oublier de faire ceci, ne pas oublier de faire cela. Des post-it partout sur mon bureau et la liste de choses à faire qui n'est jamais vidée. C'est ça d'avoir plusieurs vies, c'est ça de toujours vouloir tout commencer.

Parfois le temps, je le prends et je lâche mes stylos et mes révisions. Mes fiches de preps et mes progressions. Juste lui et ses mains sur ma peau. Mes mains sur la sienne, quand je lui répète en boucle que je le trouve beau. C'est dur ce changement, ce temps des vacances où on était toujours collé, toujours ensemble, toujours présent. Et ce temps de la rentrée où on se laisse des mots d'amour et où je l'embrasse avant de partir tôt le matin, son visage endormi contre son oreiller. On s'envoie de l'amour par mails, par messages entrecroisés. On tisse notre relation et elle est toujours aussi belle, toujours aussi pleine et apaisé. Mais le manque de sa peau parfois, le manque de ces moments écossais où on dormait jusqu'à midi et on passait notre temps à regardais le ciel, dans la maison tartan où on passait notre temps allongés.

Je n'ai pas vu mes parents depuis mai. Je refuse de céder aux habitudes familiales de faire comme s'il ne s'était rien passé. J'ai ma mère au bout du fil et on papote longtemps. Mais quand elle demande quand on passera, j'élude, et puis je dis non. J'ai passé l'âge de faire semblant, tu comprends. J'ai passé l'âge de faire passer l'autre avant moi, de sans arrêt trouver des excuses alors qu'il ne faudrait pas. Alors je refuse, je raccroche et je me sens soulagée. Les chats, le ciel orange puis rosé, lui où ma tête vient toujours s'enfouir dans son cou sans qu'il n'est rien demandé. Ma maison me suffit, et la famille aussi que dedans je me suis fabriquée. Une voulue, une attendue, une qui respecte et qui écoute, qui prend dans ses bras et qui est toujours prête à consoler. Ma nouvelle famille choisie, ma famille à deux et trois chats associés.