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Forcément. Évidemment. Le corps n'a pas tenu. Les nuits sans sommeil. Les réveils réveils réveils, six jours sur sept. Et tous les microbes que les élèves transportent et transmettent. Toute la journée du mercredi, j'ai observé les premiers signes en répétant "ça va aller". Et puis, la nuit ayant été courte et agitée, à six heures du matin j'ai abandonné. J'ai envoyé des mails pour prévenir les équipes, et j'ai attrapé ses bras pour m'enfouir à nouveau dedans. Pendant deux jours, pas de classe et pas d'emploi du temps.

Et du temps, il y en a eu pour autre chose. Pour discuter tranquillement de ce bébé tout neuf qui né pile quand je suis malade et que je ne peux pas venir à la maternité. Pour choisir des bagues qu'on pourrait acheter si on a un jour les papiers, pour se pacser en automne comme on le voudrait ; Pour rire rire rire devant des vidéos du travesti le plus joli vu depuis longtemps ; Pour profiter des ronronnement des chats qui dorment sous le plaid violet ; pour lire et relire sa dédicace qui commence par "mon amour" et qui me fait toujours sourire en entier.

Mais le temps aussi pour se questionner, pour s'interroger. Ce nouveau projet là, de faire une formation en plus du travail déjà bien rempli, est-ce vraiment une bonne idée ? Et surtout, surtout, est-ce que je vais vraiment y arriver ? C'est la question qu'on a vu dans les yeux l'une de l'autre, avec E. qui fait la même folie que moi. Quand on nous a parlé de partiel en septembre, on s'est regardé et on a regardé les autres qui grognaient. C'est que, faire passer des examens à des enseignants pendant le mois le plus chargé de leur année, c'est un peu osé. Heureusement, on apporte des gâteaux, des cakes, des croissants et on s'offre des café. Dans notre toute petite salle pas très éclairée, on commence à créer la vie d'une vraie promo de l'université. On rit à nos blagues, on discute d'accouchements en grimaçant et quand on me demande si, moi aussi, des enfants j'en ai, je secoue la tête en répondant "non non non, une chose à la fois". 

Pour le moment, tout ce qu'on vit, c'est bien assez. Partir ensemble le mercredi matin à l'université, et pouvoir se tenir la main sur tout le trajet à pied. Dormir dans les bras sans se gêner, sans que l'on s'etouffe, jamais. Quelqu'un qui comprend, quelqu'un qui écoute, quelqu'un qui sait. Avec qui on trinque, toujours toujours toujours, à ce qui nous a marqué. L'autre soir, dans la fin du jour dorée qui s'étirait, on a trinqué "à la vulnérabilité". Cela résume bien ce septembre échevelé qui est en train de passer. A notre vulnérabilité, à ce qui nous fait parfois flancher, qui nous laisse nus et à fleur de peau. Qui nous permet de voir la folie de la vie, qui parfois nous malmène un peu et qui nous fait tanguer. Mais toujours debout. Toujours entier.