Il y vient aussi nos ombres que la nuit dissipera

02 octobre 2017

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Comme je n'ai pas le temps, je me débrouille comme je peux pour garder le contact avec les vivants. J'envoie des messages très tôt pour avoir des nouvelles, je commande sur amazon une édition limité en noir et jaune, j'accroche des feuilles sur les portes au scotch doré. Je m'éparpille comme je peux, je tape sur les épaules pour dire "hey, je suis là, je te vois" et je pars faire autres choses avec, sur le dos de ma main, plein de croix. Ne pas oublier de faire ceci, ne pas oublier de faire cela. Des post-it partout sur mon bureau et la liste de choses à faire qui n'est jamais vidée. C'est ça d'avoir plusieurs vies, c'est ça de toujours vouloir tout commencer.

Parfois le temps, je le prends et je lâche mes stylos et mes révisions. Mes fiches de preps et mes progressions. Juste lui et ses mains sur ma peau. Mes mains sur la sienne, quand je lui répète en boucle que je le trouve beau. C'est dur ce changement, ce temps des vacances où on était toujours collé, toujours ensemble, toujours présent. Et ce temps de la rentrée où on se laisse des mots d'amour et où je l'embrasse avant de partir tôt le matin, son visage endormi contre son oreiller. On s'envoie de l'amour par mails, par messages entrecroisés. On tisse notre relation et elle est toujours aussi belle, toujours aussi pleine et apaisé. Mais le manque de sa peau parfois, le manque de ces moments écossais où on dormait jusqu'à midi et on passait notre temps à regardais le ciel, dans la maison tartan où on passait notre temps allongés.

Je n'ai pas vu mes parents depuis mai. Je refuse de céder aux habitudes familiales de faire comme s'il ne s'était rien passé. J'ai ma mère au bout du fil et on papote longtemps. Mais quand elle demande quand on passera, j'élude, et puis je dis non. J'ai passé l'âge de faire semblant, tu comprends. J'ai passé l'âge de faire passer l'autre avant moi, de sans arrêt trouver des excuses alors qu'il ne faudrait pas. Alors je refuse, je raccroche et je me sens soulagée. Les chats, le ciel orange puis rosé, lui où ma tête vient toujours s'enfouir dans son cou sans qu'il n'est rien demandé. Ma maison me suffit, et la famille aussi que dedans je me suis fabriquée. Une voulue, une attendue, une qui respecte et qui écoute, qui prend dans ses bras et qui est toujours prête à consoler. Ma nouvelle famille choisie, ma famille à deux et trois chats associés.

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28 septembre 2017

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Je râle, avec mes mouchoirs partout et ma crève qu'on voit sur mon visage. Et puis après, je râle parce que je passe mon temps à râler. Petit nuage bougon de début de semestre, je prends mes marques et mes repères. Tous les matins, je coche le jour précédent sur mon calendrier aimanté au tableau. Un de plus, regardez, le mois est bientôt fini. Le mois de quoi déjà?, je demande, feutre rouge à la main. Septembre septembre septembre, me disent toutes les petites mains. Les pouce et l'index pincés qui vont et repartent de la bouche comme si on mangeait du raisin. 

Le mois est déjà presque terminé, et finalement on commence à s'habituer. A n'avoir le temps de rien, rien du tout, absolument jamais. Je me lève exprès plus tôt le matin, pour lire et écrire devant ma ricoré. Sinon les minutes filent et je suis déjà dans mon lit sans avoir eu le temps d'être toute à moi vraiment. Mes révisions, mes preps, mes cours à donner et à recevoir. La petite salle bleue du mercredi qui devient petit à petit remplie de visages amis. Je n'étais venue là que pour apprendre, et évidemment qu'on finit par s'attacher. Par rire, par faire des blagues, par se raconter. J'ai toujours eu le coeur en tentacules de toute façon. Mon coeur pieuvre qui finit toujours par s'attacher aux gens. Alors on soupire tous ensemble quand il faut déjà recracher des choses mémorisées sur une copie. Qu'il faut faire des exposés qui n'interessent personne et sur lesquels on rajoute des animations. On préfère plutôt parler de nos vies entre deux cafés. De nos élèves, de nos projets, de nos vies d'avant et d'après. Et quand mon amoureux vient m'emmener en urgence mon câble d'ordinateur oublié, c'est l'une d'elle qui lui crie en souriant 'Elle vous aime beaucoup, vous savez!"

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25 septembre 2017

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Forcément. Évidemment. Le corps n'a pas tenu. Les nuits sans sommeil. Les réveils réveils réveils, six jours sur sept. Et tous les microbes que les élèves transportent et transmettent. Toute la journée du mercredi, j'ai observé les premiers signes en répétant "ça va aller". Et puis, la nuit ayant été courte et agitée, à six heures du matin j'ai abandonné. J'ai envoyé des mails pour prévenir les équipes, et j'ai attrapé ses bras pour m'enfouir à nouveau dedans. Pendant deux jours, pas de classe et pas d'emploi du temps.

Et du temps, il y en a eu pour autre chose. Pour discuter tranquillement de ce bébé tout neuf qui né pile quand je suis malade et que je ne peux pas venir à la maternité. Pour choisir des bagues qu'on pourrait acheter si on a un jour les papiers, pour se pacser en automne comme on le voudrait ; Pour rire rire rire devant des vidéos du travesti le plus joli vu depuis longtemps ; Pour profiter des ronronnement des chats qui dorment sous le plaid violet ; pour lire et relire sa dédicace qui commence par "mon amour" et qui me fait toujours sourire en entier.

Mais le temps aussi pour se questionner, pour s'interroger. Ce nouveau projet là, de faire une formation en plus du travail déjà bien rempli, est-ce vraiment une bonne idée ? Et surtout, surtout, est-ce que je vais vraiment y arriver ? C'est la question qu'on a vu dans les yeux l'une de l'autre, avec E. qui fait la même folie que moi. Quand on nous a parlé de partiel en septembre, on s'est regardé et on a regardé les autres qui grognaient. C'est que, faire passer des examens à des enseignants pendant le mois le plus chargé de leur année, c'est un peu osé. Heureusement, on apporte des gâteaux, des cakes, des croissants et on s'offre des café. Dans notre toute petite salle pas très éclairée, on commence à créer la vie d'une vraie promo de l'université. On rit à nos blagues, on discute d'accouchements en grimaçant et quand on me demande si, moi aussi, des enfants j'en ai, je secoue la tête en répondant "non non non, une chose à la fois". 

Pour le moment, tout ce qu'on vit, c'est bien assez. Partir ensemble le mercredi matin à l'université, et pouvoir se tenir la main sur tout le trajet à pied. Dormir dans les bras sans se gêner, sans que l'on s'etouffe, jamais. Quelqu'un qui comprend, quelqu'un qui écoute, quelqu'un qui sait. Avec qui on trinque, toujours toujours toujours, à ce qui nous a marqué. L'autre soir, dans la fin du jour dorée qui s'étirait, on a trinqué "à la vulnérabilité". Cela résume bien ce septembre échevelé qui est en train de passer. A notre vulnérabilité, à ce qui nous fait parfois flancher, qui nous laisse nus et à fleur de peau. Qui nous permet de voir la folie de la vie, qui parfois nous malmène un peu et qui nous fait tanguer. Mais toujours debout. Toujours entier. 

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11 septembre 2017

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Les heures filent tellement, tellement vite. Un moment je donne des cours en expliquant la déclaration des droits de l'homme en langue des signes. les mathématiques en utilisant toutes les couleurs de mon tableau pour faire sens de ces dizaines et ces unités. Le français  en lisant à tour de rôles les dix règles pour bien écrire un journal intime.

Je cours partout. J'insulte la photocopieuse qui ne veut pas imprimer mes pdf. J'insulte la jeune femme au sourire statique et aux dents blanches qui me montre les mouvements à faire dans ces séances de gym par application interposée. J'insulte les automobilistes aussi, mais je signe toujours "pardon" après. J'insulte le chat dans mes jambes, celui qui gratte à la fenêtre pour sortir et en fait non. J'insulte les minutes qui me manquent toujours partout, et qui me font presser le pas où que je sois. Sur le chemin de l'université, entre les bâtiments de mes salles de classe. Entre deux moments de sommeil, quand je ne dors pas.

Heureusement, le reste du temps n'est pas comme ça. On rit en cours de coréen le samedi matin. On lutte, on se regarde les yeux ronds, on ne comprend rien. La prof saute partout, et continue à répéter des mots qui nous font nous sentir étranger. Exactement le but recherché. J'écris au stylet sur mon ordinateur et je répète docilement des sons en souriant de nos têtes effarées. On s'échange des mots avec la prof, on lui apprend "bonjour" "merci" "je t'aime" en langue des signes française, et elle fait de même en langue des signes coréenne. On sort de l'amphithéâtre dans la fac toute vide, et on se frotte les yeux de cette semaine sans fin. Je refuse qu'on me dépose en voiture parce que la musique et mes pas, j'en ai vraiment besoin. Pour évacuer tous ces jours qui s'étirent, qui s'étiolent, qui me font m'endormir en moins d'une minute dans le creux d'une épaule sitôt la lumière éteinte. Qui me malmènent et que pourtant j'aime. Qui me réveillent, qui me motivent, qui me soulèvent et m'épuisent. Cet automne tourbillonant qui n'en est pas encore un, c'est vraiment quelque chose qui me fait du bien. 

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07 septembre 2017

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J'ai commencé mes premiers cours. Je les ai donné, et puis ce premier mercredi, je l'ai ai reçu aussi. Inscription administrative, emploi du temps, mémoire, coefficient. Comme un goût de déjà de ma vie d'avant. Chambéry et ses montagnes, les 40 heures de cours par semaine, la neige parfois et les rire souvent. La mediathèque le samedi pour faire semblant d'avancer les recherches, les 8 livres qu'on pouvait emprunter et qui faisaient du poids dans mon sac à dos rose alors que je remontais chez moi. Les pintes, les fou rires, les joies. 2012, l'une de mes plus belles années. La vue depuis les montagnes était incroyable et c'est tout mon horizon qui me semblait dégagé.

En 2017, la nouvelle promo est toute petite. 15 personnes dans une petite salle, les tables en U comme avant. Des nationalités de partout. Une roumaine, une ouzbek, une brésilienne et un mexicain. Des parcours fascinants, et des envies bien plus comprendre. Nous, on est arrivé à deux avec E. Il y a un an, on avait choisi de faire cette formation ensemble, et on s'y est tenu. Alors, pour fêter ça, j'ai glissé un cadeau sur sa table dans les dernières minutes avant le premier cours. Une trousse à paillette, avec une licorne par dessus. Forcement, ça lui a plu.

On a moins souri quand on a vu tous les cours à venir, tous les travaux à rendre et les samedis matins à se lever trop tôt. C'est que, à la différence de 2012, on travaille en même temps qu'on apprend. Alors c'est un peu compliqué, et le temps se retrouver un peu compresser. On en a beaucoup parlé avec l'amoureux, de cette année scolaire que je n'en fini pas de gaver. Mais c'est pour me vider la tête, pour arrêter de travailler et penser un peu mieux à moi. Me lever tôt, apprendre des langues nouvelles, écrire mes projets et lire ma pile de livres abandonnés. C'est beaucoup d'envies, beaucoup de promesses et beaucoup de souhaits. En septembre, je n'ai pas peur. En septembre, j'avance et je me sens de nouveau à la hauteur de ce que j'ai envie d'achever. 

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05 septembre 2017

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Se relever à l'aube. Se relever avant l'aube. Voir le noir, le gris, le violet du ciel qui s'étire et se transforme. Voir l'orangé et le doré. Un thé à la menthe et au jasmin dans la main. Se brûler les lèvres aux peaux déjà arrachées. Malmenées. Du sang sur la langue pour le premier jour de rentrée.

Tout recommencer. Les préparations, les emplois du temps, le calendrier. Comme l'année dernière. Quand on était rentré seulement quelques jours avant septembre. Le road trip en Espagne, les déserts, le soleil, et notre couple qui débutait pour de vrai. Je n'avais rien préparé pour après, et j'avais trop donné. Trop d'heures pour les cours, trop d'heures passés sur mon ordinateur avec des mugs de café et la nuit qui commençait. Plus jamais, j'ai promis, plus jamais. Mieux s'organiser, et ne plus laisser le travailler tout grignoter. Tout inonder. J'ai d'autres passions que de toujours travailler. Je veux à nouveau lire, écrire, penser. 

C'est pour ça que je me suis inscrite de nouveau à l'université. Penser à autre chose, apprendre encore, progresser. Mercredi, on commence une nouvelle année avec E. qui m'accompagne dans l'aventure. On a soupiré en voyant tous les livres à lire, et les horaires qui ne nous plaisaient pas vraiment. Tous les samedis matins de septembre déjà réservés. Ça nous fera des jolis souvenirs, et je lui ai même acheté une trousse paillettée pour célébrer tout ça. 

Et il y aura d'autres souvenirs dans cette nouvelle année là. Nos nouveaux rituels, nos nouveaux défis à nous même à relever. Le sport, le yoga, les conférences à animer. Les nouveaux livres qu'on veut écrire, les nouvelles langues qu'on veut apprendre. La pile de livres qui n'attends que ça, que d'être enfin lu et mérité. Les verres à trinquer, les films à voir, les places de concerts à acheter. Les billets de trains, les billets d'avions à réserver. Paris, Blois, Lyon, Marseille pour cet automne pas encore né. Cette nouvelle année à un goût de résolutions que j'aimerais tenir. La vie passe trop vite, et il n'est plus question de la louper. 

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25 août 2017

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Les rues sont désertes. Comme à Paris quand on est rentré, sac à dos et valise qu'on traînait sur les pavés. Pas un bruit, deux trois silhouettes dans la nuit qu'on croise et qui disparaissaient. Dans la voiture, la route n'était qu'à nous. Comme le cinéma, avec des places partout et l'obscurité qui liait nos doigts. C'est toujours comme ça quand il fait noir, on ne se décolle pas.

Les jours de vacances s'étirent comme au soleil les chats. Dans un dimanche trop chaud, on a sonné à la porte de la future maman pour lui ordonner d'aller se cacher dans sa chambre. Baby shower surprise, guirlandes, ballon et tout ce que j'avais pu trouvé en bleu. Une tasse, un stylo, un carnet, et même le gâteau avec du colorant alimentaire pour faire comme les vrais. Des virgins mojitos, des bonbons et nos discussions tout autour. Le futur bébé, les futures études, et évidemment l'amour. C'est quoi les projets, quand on vient juste d'avoir trente ans? De quoi on a envie, de quoi fait-on le deuil et qu'est ce qu'on se promet pour les prochaine années ? Avec LeChat, on se questionnait encore, quelques jours après. Nos baguettes à la main, devant nos bières vietnamiennes et thaïlandaises. Nos interrogations, nos rires et ma carte bleue dans ma manche pour aller payer sans qu'elle l'aie deviné.

Qu'est ce qu'on veut, quand on a trente ans? On parle de maison, de mariage, de bébé. Comme si c'était le futur de quelqu'un d'autre qu'on brodait. Les envies, les projets, les nouveautés. Mais, dans le fond, ce n'est pas que ça qui fait grandir. Qui fait avancer.

On grandit surtout quand on décide de ce qu'on ne veut plus.

Quand on ne veut plus de ces autres qui piétinent les frontières qu'on leur a dit de ne pas dépasser. On ne veut plus faire semblant d'être quelqu'un qui n'a jamais existé. Qui est là pour plaire à tous le monde, sauf à soi, en vérité. On ne veut plus de ces règles qu'on veut nous imposer. Ne fais pas ça, tu devrais plutôt, moi à ta place je ferais, tiens toi plus droit, c'est mauvais pour ton dos. A trente ans, on a eu le temps de mûrir, de grandir, de muer. On éttoufe sous les anciennes peaux qu'on veut nous recoller.

Je n'accepte plus le mal qu'on m'a fait. Je n'accepte plus les cris, ce qui est toxique et ce qui me faisait hurler. Je n'ai plus peur de dire non, je n'ai plus peur de dire pardon, mais je ne suis pas d'accord non. Je ne veux plus être moi à moitié. Moi toute entière, je préfère. Je ne veux plus la place de petite dernière qui ne sait jamais rien, je ne veux plus la place de l'amoureuse qu'on peut malmener quand on ne se sent pas bien. Je veux du gentil, du calme, du serein. De l'apaisement, du sincère, du tendre enfin.

Je veux que ces nuits d'été ne finissent plus. Qu'on reste des heures à marcher dans la ville, les épaules nues. C'est ce qui me manque le plus en hiver, la caresse de la chaleur de la nuit sur nos peaux endormies. Le ciel turquoise, bleu, noir, gris. Cet été a un goût de possible, un goût de surprise et un goût d'inachevé. Exactement ce que je veux pour le moment. Des verres qu'on trinque, de l'amour, et l'automne à nos pieds.

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15 août 2017

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Dans la lumière grise des jours mêlés, je regardais le corps nu endormi à côté de moi. Les lignes dessinées, la peau claire contre la couette blanche. Et cet émerveillement, de le trouver si beau. Mes doigts sur ses bras, son nuque, dans ses cheveux courts et toujours en train de dessiner des arabesques sur son ventre. Cet autre corps que je connais par coeur, qui s'enroule contre le mien sans laisser d'espace. Sans laisser de place. Rien entre nous, son visage dans mon cou comme une tanière qu'il ne quitte plus. Nos mains qui se serrent, nos doigts toujours accrochés. Emmêlés. Indissociés.

Et je repense à ces autres. Ces autres corps, ces autres respirants.

J'ai consommé des gens. J'ai consommé des histoires, j'ai consommé des vivants. Dans ma danse dans l'enfer qui me dévorait. Je dansais pour exister, je dansais pour ressusciter. Je me greffais à d'autres peaux et j'arrivais à cicatriser.

Et un jour, j'étais de nouveau moi. Dans ma nouvelle mue, avec tout ce que l'orage avait transformé, quand j'y étais rentré. Sous les débris, un pas plus assuré et un regard qui restait bien droit.

Mais des années plus tard, des hésitations et des discussions. Ce pays où je ne me sentais pas légitime, puisque mon fantôme y résidait. Des mots pour apaiser, des mots pour rassurer. Une main dans la mienne, ma tête endormie contre celui qui me serrait fort, pour me bercer. Un passeport, des billets, des heures dans les trains à regarder les paysages qui s'étiraient. Des angoisses dans le métro à observer tous les gens qui passaient. Chaque visage, chaque regard, chaque silhouette qui pouvaient lui ressembler.

Et puis.

Lâcher prise.

Desserrer les poings serrés, détendre les mâchoires crispées. Arrêter de mordre mes lèvres, retrouver les pas plus sûrs et avancer. Rire dans les rues et en attendant que le feu passe au vert, s'embrasser. Se foutre du "mind the gap" et sauter par dessus sans trébucher. Fabriquer des nouveaux souvenirs dans tout le pays. Et dans ceux voisins, encore plus jolis. Trinquer dans des pubs tamisés, danser avec Partenaire qui avait un sacré secret à m'avouer. Danser comme avant, ses bras dans mon dos, verrouillés. Et les photos de son amoureux donc, un garçon pour changer. La vie qui s'amuse à battre nos cartes et à toujours m'étonner. Les changements, nos routes qui ne cessent de se créer par elles-mêmes et nous étonner. Nos envies, nos besoins, nos progrès. Les engueulades necessaires contre les systèmes à qui on dit de reculer. Partenaire, moi et mon amoureux à lever nos verres à toutes nos familles qu'on ne laisse plus nous malmener. Stop. C'est assez.

Nos chemins de vies, nos decisions, nos couleurs et la fierté pour nous-même qu'on arrive à afficher. J'aime qui je suis. J'aime ce que je fais. J'aime celui que je suis devenu, et je l'ai mérité. Mes defauts, et surtout bien plus nombreuses, mes qualités. Nos passés, nos gifles. Au propre et au figuré. Nos vies qu'on façonne, nos danses qui nous ont sauvé. Les hommes dans mon lit, et ma silhouette dans les leurs, qui doucement rassemblait ses affaires pour s'échapper. Les troubles alimentaires qui diminuent dans ce cabinet gris où la lumière ne cesse de se refleter. Mes projets d'écriture qui reprennent, qui repoussent, qui éclosent quand je leur laisse enfin l'espace d'exister.

Nos nouveaux-nous tellement plus doux, tellement plus apaisés. La trentaine qui travaille, qui nous rend plus grands et nos colonnes vertébrales bien plus dépliées. J'aime les rides autour de nos yeux, j'aime les griffures de la vie sur nos épidermes malmenés.

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08 août 2017

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Le cri des mouettes est partout dans les rues des villes que l'on croise. Celles où on s'arrête, celles qu'on traverse juste pour une nuit. On sait fait la différence entre les adultes et les enfants, et on lève la tête en les regardant voler en gris et blanc. On les voit passer sous nos capuches noirs, les cheveux en dessous bouclés, à force d'être mouillés par cette pluie qui ne s'arrête jamais. On est en automne depuis plus de trois semaines ici. On a changé de temps et le sablier est tout renversé depuis le début de notre voyage. Tous les jours, je demande le combien on est.

Le matin, on dort longtemps. Dans la maison tartan sans volets, le soleil rentre beaucoup trop tôt par les bow windows dentelées. Alors on s'enfouit dans les coussins, dans cette immense couette qui nous cache tout entier. On grignote du sommeil en se collant contre l'épaule de l'autre. Dans le cou de l'autre. Dans ce mélange de peau où on ne sait plus très bien à qui on appartient. Mes cheveux en vagues refusent toujours l'heure de se lever et je mets du temps à les convaincre de s'ordonner pour la journée. On se lève du lit blanc pour s'échouer un peu plus loin, dans les canapés ou sur le sol écossais. On lit, on dessine, on rit. On regarde les nuages qui se fabriquent derrière la rive d'en face. Les mouettes et les corbeaux sur le toit, un peu plus bas. La pluie qui griffe les fenêtres, et qui coule lentement. Doucement. Pas comme sur le bateau, où elle nous griffait les joues comme un rapace mécontent. L'océan en plein visage et le vent partout, dedans. Le sel sur les lèvres que je pinçais pour le garder un peu plus longtemps. Milliers de souvenirs sous les paupières de tous les été à essayer de dompter les vagues. Sans jamais y arriver. Funambule débutante, dresseuse pas assez mordante. Le sable qui tigrait la peau de griffures sanguines, les cheveux indomptables en étoile de mer comme maintenant. 

Ici, on habite un pays où il n'y a que nous. On sourit, on discute, on trouve un caissier préféré et c'est comme à la maison. Mais au final, le temps se tricote à deux, sur cet île remplie de fantômes et de vivants. On rit des mêmes choses, on se confie dans le silence de l'obscurité. C'est toujours moi qui éteint la lumière, et je suis toujours la première à parler. On parle de nous, on parle d'avant. On parle d'après. Dans une pizzeria d'une ville déprimante et déprimée. Un lundi soir. On parle de nous et de toutes nos possibilités. Le cadre ne s'y prête pas, tout est lugubre à pleurer. Alors on rit devant nos pizzas à moitié cuisinées, nos verres de vin blancs qui trinquent pour s'en consoler. Dehors, les mouettes rient ou pleurent, je n'arrive jamais à différencier. 

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02 août 2017

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Il y a les oiseaux qui volent volent volent contre le ciel gris et doux. C'est comme l'automne avant l'heure, ce mois d'aout. C'est la pluie contre la fenêtre, qui perle et qui roule. Qui vrille et caresse les vitres qui nous séparent du froid. Contre la moquette tartan, on regarde les nuages, l'eau qui s'en va et trottine dans cette baie qui n'en finit pas. En seize neuvième, comme il dit en souriant. 

 

En seize neuvième la vie, l'amour, l'eau et le vent.

 

Ici le temps est plus lent. On s'étire comme des chats, on navigue entre le thé au jasmin de la cuisine, et la chaleur de nos bras. Des baisers dans le cou, dans le creux des mains, sur nos lèvres lisses de l'été. Sur le sol, nos silhouettes et des livres posés. On migre des canapés à la moquettes. Au loin, le bruit de la pluie et le cris des goélands et des mouettes. Des corbeaux dans le jardin du cottage derrière nous. Ils sautent sur le muret de vieilles pierres, et s'ébrouent sous ces gouttes qui ne s'arretent jamais de tomber. 

Ce voyage nous déconnecte de l'espace et du temps. On est parti depuis deux semaines mais dans nos têtes, sous nos peaux, on a l'impression que bien plus longtemps. Loin des autres, loin du soleil, loin de familles et des conflits étouffants. Loin d'autrui, loin du bruit, il n'y a plus que nous. Une heure de décalage et des kilomètres, des milliers. L'accent d'ici est insondable, improbable, il roule comme les vagues grises de la jetée. On se regarde parfois quand on ne comprend pas, quand on a besoin de l'autre pour servir d'interprète dans ce pays qu'on ne cesse d'aimer. Toujours un peu plus, tous les jours un peu comme une maison empruntée. Les bégonias bleus, violets, lilas. Comme le poème d'Apollinaire que je lui récite dans le cou, les colchiques couleur de cernes et de lilas. Mais c'est surtout pour lui dire le vers qui dit "et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne". Et lui de se mettre à parler en alexandrins sans s'arrêter comme quand il boit trop et qu'il tangue au lieu de marcher. On est des adolescents dans cette maison tartan, coincée entre les nuages d'acier et la mer gris clair. Les pancakes, de la marmelades d'agrumes et des baisers volés. Le temps n'existe plus, le temps s'est momifié. Suspendu, étendu, envolé. Le bruit de la pluie et du vent, l'amour et les rires étouffés. 

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