Il y vient aussi nos ombres que la nuit dissipera

20 novembre 2017

IMG_4022[2408]

Est-ce parce qu'on sait ce que c'est, une relation qui déraille, qui défaille, qui décroche de ce qui devrait être doux et normal? Est ce que c'est parce qu'on connaît la peine et les disputes ? Les larmes et les cris ? Est ce que c'est parce qu'on connaît tout ça que c'est aussi fort aujourd'hui ?

Hier, c'était nos un an et quatre mois. Tout autour de nous, les couples fêtent leurs dix ans, leurs anniversaires de mariages et ceux de leurs enfants. Et nous deux, avec notre année presque et demie officiellement. Officieusement, c'est plus longtemps. Officieusement, c'était moi qui le courtisait. Longtemps. Patiemment. Avec tout ce que peut illustrer le signe du taureau, la persévérance et l'entetement. Parce que j'étais sûre, je le sentais. Promis, juré, craché. On est fait pour être tous les deux, tu sais. "Ce n'est pas "si on est ensemble", c'est "quand on sera ensemble", je lui disais. Et j'avais raison. Pour une fois dans ma vie, ce qui tambourinait dans mon sang ne m'avait pas trompé.

Je ne savais pas ce qu'il allait se passait mais je le sentais. Ce quotidien, ces mots, ces moments, ce qu'on vit simplement et qui s'accorde toujours sans y penser. Je le sentais, deux ans avant. Cette relation qu'on pourrait s'offrir si on le voulait vraiment. Ça a été difficile, ça a été compliqué. Il y a eu beaucoup de larmes, beaucoup de scènes ratées. Le deuxième acte à été long à démarré. J'avais tout misé sur lui, tout mon espoir, tout ce auquel je croyais. Et puis ça n'avait pas marché, une nouvelle tragédie mal scénarisée, fin de l'acte premier.

J'avais pris du temps loin, j'avais réfléchi seule dans mon coin. Et puis, dans un bar façon Nouvelle Orléans mais au coeur de Los Angeles, j'avais eu un rendez vous galant. Beaucoup trop d'alcool, mon regard se perdait dans tous les colliers de perles qui pendaient au plafond. Et soudain, en regardant mon date et son profil fin, j'ai eu une révélation. Ce garçon, il lui ressemblait alors je devais y retourner. Quelques heures d'avion et une nuit de réflexion, j'ai sonné à sa porte, enfoncée dans mon jet lag et dans mon gros hoodie gris et mon bonnet. J'avais le coeur dans les paumes et je me répétais que ce n'était pas la meilleure de mes idées. Heureusement, il m'a vu depuis son balcon et il m'a souri pour de vrai. Il a dévalé les marches de son escalier, et j'entendais ses pas sur les pierres, boum boum boum, alors qu'il courrait me retrouver. Le deuxième acte a été long mais je savais qu'on allait y arriver. Qu'il allait lâcher ce qui le retenait, et qu'on réussirait à nous créer. Je ne savais pas ce que ça allait donner, mais j'y croyais pour deux alors ça me suffisait. Un an et quelques mois plus tard, je sais que je ne me suis pas trompée.

Posté par murmuration à 06:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]


16 novembre 2017

IMG_3971[2393]

 

Le rythme est difficile à trouver. Ce n'est pas rien, de vouloir caser des heures dans tous les jours de la semaine. Pas assez de temps pour le sommeil, pour le sexe, pour se prendre dans les bras et profiter de la chaleur de l'autre. Du temps pour les révisions, les rapports qu'on écrit jusqu'à tard dans la nuit ou tôt dans le matin, les surligneurs dans le lit, les livres dans le bain. En sortant du dernier partiel, j'en ai profité pour monter les quatre étages du bâtiment H, et j'ai toqué à la porte avec son nom. Son costume, son bureau, ses livres, c'est presque le même qu'à la maison. Alors je me suis assise sur ses genoux et on a regardé le soleil qui se couchait. On a parlé de nous, de nos projets. Le temps était redevenu flou, le focus était sur nous.

L'autre soir, j'ai interrogé ma grand mère sur son enfance, pour un projet en cours. Je voulais faire un document sonore pour les étudiants débutants. On a parlé des prières à faire le matin, et des sabots qu'il fallait aligner sous le banc, contre le mur. On a parlé d'elle qui se faisait tirer les cheveux derrière les oreilles parce qu'elle était trop bavarde. Des jeux de la cours de récré, le carré et les osselets. Des allemands qui tapaient à la porte quand ils faisaient trop de bruit, et de la maîtresse qui retirait des bons points en disant "la boulangère m'a dit que l'une de vous n'avait pas été polie". C'était drôle, ce retour dans l'ancien temps. "Tu vas être écoutée à l'univesité, tu te rends compte?", je lui ai dit. "Ohlala, alors que je n'ai que le certificat d'étude!". C'est doux, ces moments là avec elle. Tous les lundis. La route, la nuit qui tombe maintenant alors que je conduis. Tous les mots que je lui dis, toutes les choses dont je parle et toujours à la fin "Et c'est tout ce que tu me racontes?".

On regarde des séries qui finissent toujours bien, des couples qui se réconcilient, des malades qui guérissent et des familles unies. J'ai toujours son gros plaid en polaire sur les épaules, celui que je lui ai offert à Noël. Parfois, elle me dit "appelle ton père pour lui faire plaisir". Et, voyant que ça ne marche pas, elle essaie de passer par un autre côté "appelle ton père pour me faire plaisir". Mais comme ça ne marche toujours pas, elle râle et on parle d'autre chose parce qu'elle sait très bien qu'on est aussi têtue l'une que l'autre, toutes les deux. On est fait du même bois, on est fait du même feu. Alors on trinque à la vie ou à la mort d'un inconnu dans le journal. On mange des gâteaux que je lui apporte, lundi c'était des madeleines trempées dans du chocolat. Avant d'aller se coucher, elle passe par ma chambre et elle me borde toujours la couette à fleurs de mon lit en bois. Ça me serre toujours le coeur, ce genre de petit geste là.

Posté par murmuration à 07:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 novembre 2017

IMG_3974

 

J'ai monté les deux étages, comme à chaque fois. Lentement. Regardant toutes les salles d'attentes, tous les noms sur les portes. J'étais en avance, comme d'habitude. La peur d'être en retard me faisait toujours prendre un rendez vous une heure après la fin des cours. Ce qui me laissait toujours le temps de faire le trajet, puis de rester quelques instants dans la voiture pour souffler. Couper avec la journée, couper avec les problèmes qui sont ceux des autres et pas les miens. Me recentrer sur moi, inspirer, expirer et ouvrir la portière.

Ça fait deux ans que j'ai commencé cette thérapie. Et jeudi dernier, c'était la dernière séance. Celle pour boucler, pour finaliser, pour conclure et résumer. Deux ans à finir dans ce cabinet blanc et épuré. Son sourire à elle et ses encouragements. Ses questions. Sa façon de me rassurer et de me féliciter. Deux ans pour venir à bout des troubles alimentaires qui toujours, revenaient. Petite, adolescente, adulte. Toujours un moment où ils me rattrapaient. Où ils me serraient à la gorge sans me lâcher. Un faux pas, une baisse de moral et les voilà sur le pas de ma porte, et sous ma peau dans la foulée. La dernière fois, c'était en automne que j'ai flanché. Et j'ai fini par dire stop, ça suffit, j'en ai assez.

J'ai cherché des noms sur internet, j'ai appelé, j'ai écris mes mots dans un mail peu assuré. Et je l'ai trouvé, elle. Pendant deux ans, elle n'a pas cherché à savoir le pourquoi, elle a cherché à savoir comment faire maintenant pour les faire arrêter. Les émotions, les sensations, rappelez vous, comment vous vous sentiez. On a travaillé dur, et j'ai parfois pleuré en sortant dans les nuits glaciales qui m'attendaient. Et j'ai ri aussi, beaucoup, quand je sentais quelque chose au niveau de la poitrine, qui s'était débloqué. Clac, un noeud en moins. Une respiration plus grande, plus apaisée.

Alors on a parlé, de tout le chemin que j'avais fait. Celle que j'étais avant, celle que je suis maintenant. Les changements à l'interieur, les changements à l'exterieur. Moi et mes projets. Moi et ma vie qui vacille moins, qui tient plus sur ses bases stabilisées. Elle m'a promis d'être là en cas de problème, en cas de rechute improvisée. Mais elle savait que je n'en avais plus besoin, que c'était juste pour apaiser cette angoisse passagère qui s'était invitée. "Bonne continuation", elle a dit en me serrant la main un peu plus longtemps. Elle a fermé la porte, j'ai dévalé les deux étages et j'ai respiré une grande fois l'air de la nuit qui tombait. Sur le chemin du retour, j'ai acheté beaucoup de chose à manger. Tout ce qui me faisait envie, tout ce qui me plaisait. Plus de méchant grand vide sur le coin de mon épaule, juste moi, moi, moi tout entier.

Posté par murmuration à 07:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 novembre 2017

IMG_3775[2320]

Reprendre le rythme, reprendre les habitudes.Préparer la veille les vêtements qu'on veut porter le lendemain. Se lever plus tôt le matin pour écrire. Faire chauffer la bouilloire quand on se maquille. S'enfouir sous des couches de vêtements, pull, châle, manteau avant de mettre le nez dehors. Écouter le silence dans la voiture, ou mettre la musique trop fort.

Ne plus se voir qu'en coup de vent. Le matin, mettre le réveil dix minutes avant pour pouvoir profiter de ses bras. De sa peau. De son corps qui se colle contre le mien. On se sert tellement fort qu'on oublie où sont les limites de l'autres. Enlacés. Emmêlés. Mon visage dans son cou, mon pied sous le sien, ses mains qui frôlent mon dos pendant que les miennes sont toujours à tracer des arabesques sur son ventre. Ou mes ongles dans ses cheveux. Mes doigts sont toujours en pèlerinage sur sa peau, je le touche parfois sans m'en rendre compte. Par habitude. Ma main sur la sienne quand on travaille. Ma tête sur son épaule. Et quand il n'est pas là, des mots qui bourdonnent dans la poche avant de mon pantalon noir.

C'est comme si on avait dix sept ans, mais en mieux. On sait ce que coûte le malheur, on sait ce que c'est de ne pas être heureux. On a appris combien coûte la solitude, la choisie et la subie. On masse les cicatrices de l'autre pendant qu'on guérit des siennes. On se dit souvent qu'on a de la chance. Celle de s'être trouvée, celle d'avoir insisté, celle de s'être battu et celle d'avoir réussi à faire tenir ce qui nous liait depuis le début. Un an et quelques mois. La version officieuse n'est pas d'accord avec ce calcul officiel qui coupe du temps qui a existé sans compter vraiment. Un an et quelques mois. Des centaines de jours qui passent si vite qu'on est déjà aux portes de l'hiver. Thé, plaid, mes pieds gelés sur sa peau toujours brûlantes. Tanière.

Posté par murmuration à 07:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 novembre 2017

IMG_3855[2316]

Quinze jours de vacances et c'est déjà fini. Ce matin, dans la pénombre, son ombre recroquevillée sous la couette m'a pincé le coeur alors que je me levais. J'avais envie de retourner près de lui, d'éteindre ce réveil trop tôt qui sonnait. De m'enfouir dans ses bras encore, comme tous les autres jours qui venaient de passer.

Déjà la veille, ça ressemblait à la rentrée. Les cours à préparer, le rapport à rendre mercredi et qui est très loin d'être terminé. Les impératifs, les réunions, les rendez - vous, les documents à faire et envoyer. Toutes une cohorte pas jolie et que je n'avais pas envie de côtoyer. Alors je me suis levée et j'ai pris de quoi faire un crumble banane - ananas. Et j'ai fait comme Mélie le disait, j'ai pris le temps d'être dans la cuisine pour penser. Pas de téléphone, pas d'ordinateur, juste moi et mes mains dans la poudre de farine - sucre - poudre d'amande et huile de colza. C'était bien le temps que ça a duré.

Comme ces vacances de Toussaint qui sont déjà terminées. On les a rempli de souvenirs d'automne qui font du bien. Des thés sous des plaids écossais, des restaurants pour célébrer ou juste pour le plaisir d'être tous les deux. Des films, des pop corns au beurre salé. Des pintes, des shooters, des bloody mary trop pimentés. La soirée d'halloween en costumes dans la ville et les regards amusés. Le prix du meilleur déguisement féminin qui me tombe dessus alors que je buvais en terrasse. "Suis moi!" me dit un inconnu en me tendant sa main. Et la minute d'après, je recevais un carton de récompense, et j'entendais des applaudissements alors que je riais. Cette vie folle qui s'amuse, cette vie folle qui bouscule toujours un peu sans qu'on l'ai préparé.

Il y a eu aussi le mariage de H., très loin dans le lyonnais. Le road trip avec A. où il a fallu mettre un reveil à 5 heures et que les yeux avaient du mal à rester ouverts. Alors pour tenir, face au brouillard et à l'obscurité, on a parlé. De nous depuis les années qu'on se connaît. De nos histoires d'amour passées. Celles douloureuses, celles furieuses, celles qui font encore battre le sang quand on en parle trop. Qui font se réveiller la colère et la peine, et qui rendent les traits durs à celle qui parle mais aussi à celle qui écoutait. Et puis les histoires d'amour du présent, celles qui apaisent et qui sont d'une autre couleur. D'une autre douceur. Celles qui reparent, qui cicatrisent et font avancer. Nos projets, nos envies, notre futur qu'on arrive à apprivoiser. Six heures de discussions pour enfin finir par voir H. et sa magnifique robe rouge brodée. On a patienté pendant la messe en faisant semblant d'écouter, on l'a serré dans nos bras et applaudi en criant "vive les mariés". Sur les tables, des animaux en plastique chinés dans des vides greniers et peints à la peinture dorée. On a ri, on a dansé et on s'est éclipsé tôt parce que la route nous avait fatigué. Je dormais déjà quand elle est venue se coucher. Le lendemain, elle m'a laissé à une toute petite gare qu'on avait trouvé et on a encore ri avant de se quitter. On se voit peu avec A. mais on se quitte toujours en riant. On se quitte toujours en s'enlacant. C'est ce qui compte dans l'amitié, les mots, les rires et l'autre contre nous le temps de quelques battements.

Posté par murmuration à 07:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]


19 octobre 2017

IMG_3443

 

Encore deux jours et c'est les vacances. Deux jours plein de cours, de consignes à donner, de feuilles à coller, de phrases à répéter et de sourires à échangés. Mes bagues avec des têtes de mort et celle avec un oeil qui bouge font l'unanimité. Ma salle de classe est remplie d'orange et de noir, d'araignées, de chat et de chauves souris mélangés. Je me suis levée tôt exprès, lundi matin. L'institut était noir et désert, les portes fermées à clef. Et il y avait moi dans un coin, avec des guirlandes plein les mains et du scotch qui ne collait jamais assez.

Et il y a beaucoup de choses à dire aussi dans ma deuxième vie, celle d'étudiante pas loin d'ici. On part ensemble en amoureux le matin, on s'embrasse sous un arbre énorme et on se sépare. Lui va donner des cours, moi je vais en recevoir. J'ai mon ordinateur tout neuf, mon termos de café plein. J'écoute des cours où je ne connais rien, et puis je papillome dans ceux de phonétique articulatoire parce que ça, je connais bien. J'ai même fait une présentation d'une vidéo de séance avec une élève, il y a mille ans de cela. J'avais encore les cheveux rouges et longs, l'accent des Landes où j'habitais la moitié du temps. C'était il y a quatre ans et j'avais l'air plus jeune, évidemment. Pendant que ma promo regardait, j'avais un peu de peine pour cette fille là, aux écarteurs et aux bagues de toutes les couleurs. Trois mois après cette séance, ça allait être l'horreur. La découverte des mensonges et les masques de celui qu'elle aimait et qui n'était pas la même personne en vrai.

Mais c'est peut être mieux comme ça. Tout ce passé, tous ces choix à faire et tout ces chemins à arpenter. C'était dur, c'était long, c'était nécessaire pour renaître, revivre et recommencer. Pour en arriver à cette vie d'aujourd'hui qui me plaît. Ces heures d'enseignement d'un côté, ces heures de vie d'apprenante de l'autre. Les trois chats qui se sont bien remis de ce déménagement imposé. L'amour que je reçois par message toute la journée, et puis le soir quand il y a un autre corps auquel s'accrocher. Je ne suis plus la fille aux cheveux rouge de la vidéo, et c'est tant mieux, pour de vrai. Elle ne savait pas encore poser des limites, et tenir les gens toxiques à distance pour se préserver. Je préfère la fille blonde de maintenant, qui sait poser des limites et ordonner aux gens de les respecter. Elle est plus solide que l'autre, cette fille là. Elle sait mieux me protéger.

Posté par murmuration à 07:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 octobre 2017

IMG_3083

 

Comme je n'ai pas le temps, je me débrouille comme je peux pour garder le contact avec les vivants. J'envoie des messages très tôt pour avoir des nouvelles, je commande sur amazon une édition limité en noir et jaune, j'accroche des feuilles sur les portes au scotch doré. Je m'éparpille comme je peux, je tape sur les épaules pour dire "hey, je suis là, je te vois" et je pars faire autres choses avec, sur le dos de ma main, plein de croix. Ne pas oublier de faire ceci, ne pas oublier de faire cela. Des post-it partout sur mon bureau et la liste de choses à faire qui n'est jamais vidée. C'est ça d'avoir plusieurs vies, c'est ça de toujours vouloir tout commencer.

Parfois le temps, je le prends et je lâche mes stylos et mes révisions. Mes fiches de preps et mes progressions. Juste lui et ses mains sur ma peau. Mes mains sur la sienne, quand je lui répète en boucle que je le trouve beau. C'est dur ce changement, ce temps des vacances où on était toujours collé, toujours ensemble, toujours présent. Et ce temps de la rentrée où on se laisse des mots d'amour et où je l'embrasse avant de partir tôt le matin, son visage endormi contre son oreiller. On s'envoie de l'amour par mails, par messages entrecroisés. On tisse notre relation et elle est toujours aussi belle, toujours aussi pleine et apaisé. Mais le manque de sa peau parfois, le manque de ces moments écossais où on dormait jusqu'à midi et on passait notre temps à regardais le ciel, dans la maison tartan où on passait notre temps allongés.

Je n'ai pas vu mes parents depuis mai. Je refuse de céder aux habitudes familiales de faire comme s'il ne s'était rien passé. J'ai ma mère au bout du fil et on papote longtemps. Mais quand elle demande quand on passera, j'élude, et puis je dis non. J'ai passé l'âge de faire semblant, tu comprends. J'ai passé l'âge de faire passer l'autre avant moi, de sans arrêt trouver des excuses alors qu'il ne faudrait pas. Alors je refuse, je raccroche et je me sens soulagée. Les chats, le ciel orange puis rosé, lui où ma tête vient toujours s'enfouir dans son cou sans qu'il n'est rien demandé. Ma maison me suffit, et la famille aussi que dedans je me suis fabriquée. Une voulue, une attendue, une qui respecte et qui écoute, qui prend dans ses bras et qui est toujours prête à consoler. Ma nouvelle famille choisie, ma famille à deux et trois chats associés.

Posté par murmuration à 07:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 septembre 2017

IMG_2862[941]

 

Je râle, avec mes mouchoirs partout et ma crève qu'on voit sur mon visage. Et puis après, je râle parce que je passe mon temps à râler. Petit nuage bougon de début de semestre, je prends mes marques et mes repères. Tous les matins, je coche le jour précédent sur mon calendrier aimanté au tableau. Un de plus, regardez, le mois est bientôt fini. Le mois de quoi déjà?, je demande, feutre rouge à la main. Septembre septembre septembre, me disent toutes les petites mains. Les pouce et l'index pincés qui vont et repartent de la bouche comme si on mangeait du raisin. 

Le mois est déjà presque terminé, et finalement on commence à s'habituer. A n'avoir le temps de rien, rien du tout, absolument jamais. Je me lève exprès plus tôt le matin, pour lire et écrire devant ma ricoré. Sinon les minutes filent et je suis déjà dans mon lit sans avoir eu le temps d'être toute à moi vraiment. Mes révisions, mes preps, mes cours à donner et à recevoir. La petite salle bleue du mercredi qui devient petit à petit remplie de visages amis. Je n'étais venue là que pour apprendre, et évidemment qu'on finit par s'attacher. Par rire, par faire des blagues, par se raconter. J'ai toujours eu le coeur en tentacules de toute façon. Mon coeur pieuvre qui finit toujours par s'attacher aux gens. Alors on soupire tous ensemble quand il faut déjà recracher des choses mémorisées sur une copie. Qu'il faut faire des exposés qui n'interessent personne et sur lesquels on rajoute des animations. On préfère plutôt parler de nos vies entre deux cafés. De nos élèves, de nos projets, de nos vies d'avant et d'après. Et quand mon amoureux vient m'emmener en urgence mon câble d'ordinateur oublié, c'est l'une d'elle qui lui crie en souriant 'Elle vous aime beaucoup, vous savez!"

Posté par murmuration à 07:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 septembre 2017

IMG_2793

 

Forcément. Évidemment. Le corps n'a pas tenu. Les nuits sans sommeil. Les réveils réveils réveils, six jours sur sept. Et tous les microbes que les élèves transportent et transmettent. Toute la journée du mercredi, j'ai observé les premiers signes en répétant "ça va aller". Et puis, la nuit ayant été courte et agitée, à six heures du matin j'ai abandonné. J'ai envoyé des mails pour prévenir les équipes, et j'ai attrapé ses bras pour m'enfouir à nouveau dedans. Pendant deux jours, pas de classe et pas d'emploi du temps.

Et du temps, il y en a eu pour autre chose. Pour discuter tranquillement de ce bébé tout neuf qui né pile quand je suis malade et que je ne peux pas venir à la maternité. Pour choisir des bagues qu'on pourrait acheter si on a un jour les papiers, pour se pacser en automne comme on le voudrait ; Pour rire rire rire devant des vidéos du travesti le plus joli vu depuis longtemps ; Pour profiter des ronronnement des chats qui dorment sous le plaid violet ; pour lire et relire sa dédicace qui commence par "mon amour" et qui me fait toujours sourire en entier.

Mais le temps aussi pour se questionner, pour s'interroger. Ce nouveau projet là, de faire une formation en plus du travail déjà bien rempli, est-ce vraiment une bonne idée ? Et surtout, surtout, est-ce que je vais vraiment y arriver ? C'est la question qu'on a vu dans les yeux l'une de l'autre, avec E. qui fait la même folie que moi. Quand on nous a parlé de partiel en septembre, on s'est regardé et on a regardé les autres qui grognaient. C'est que, faire passer des examens à des enseignants pendant le mois le plus chargé de leur année, c'est un peu osé. Heureusement, on apporte des gâteaux, des cakes, des croissants et on s'offre des café. Dans notre toute petite salle pas très éclairée, on commence à créer la vie d'une vraie promo de l'université. On rit à nos blagues, on discute d'accouchements en grimaçant et quand on me demande si, moi aussi, des enfants j'en ai, je secoue la tête en répondant "non non non, une chose à la fois". 

Pour le moment, tout ce qu'on vit, c'est bien assez. Partir ensemble le mercredi matin à l'université, et pouvoir se tenir la main sur tout le trajet à pied. Dormir dans les bras sans se gêner, sans que l'on s'etouffe, jamais. Quelqu'un qui comprend, quelqu'un qui écoute, quelqu'un qui sait. Avec qui on trinque, toujours toujours toujours, à ce qui nous a marqué. L'autre soir, dans la fin du jour dorée qui s'étirait, on a trinqué "à la vulnérabilité". Cela résume bien ce septembre échevelé qui est en train de passer. A notre vulnérabilité, à ce qui nous fait parfois flancher, qui nous laisse nus et à fleur de peau. Qui nous permet de voir la folie de la vie, qui parfois nous malmène un peu et qui nous fait tanguer. Mais toujours debout. Toujours entier. 

Posté par murmuration à 07:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 septembre 2017

IMG_2398

 

Les heures filent tellement, tellement vite. Un moment je donne des cours en expliquant la déclaration des droits de l'homme en langue des signes. les mathématiques en utilisant toutes les couleurs de mon tableau pour faire sens de ces dizaines et ces unités. Le français  en lisant à tour de rôles les dix règles pour bien écrire un journal intime.

Je cours partout. J'insulte la photocopieuse qui ne veut pas imprimer mes pdf. J'insulte la jeune femme au sourire statique et aux dents blanches qui me montre les mouvements à faire dans ces séances de gym par application interposée. J'insulte les automobilistes aussi, mais je signe toujours "pardon" après. J'insulte le chat dans mes jambes, celui qui gratte à la fenêtre pour sortir et en fait non. J'insulte les minutes qui me manquent toujours partout, et qui me font presser le pas où que je sois. Sur le chemin de l'université, entre les bâtiments de mes salles de classe. Entre deux moments de sommeil, quand je ne dors pas.

Heureusement, le reste du temps n'est pas comme ça. On rit en cours de coréen le samedi matin. On lutte, on se regarde les yeux ronds, on ne comprend rien. La prof saute partout, et continue à répéter des mots qui nous font nous sentir étranger. Exactement le but recherché. J'écris au stylet sur mon ordinateur et je répète docilement des sons en souriant de nos têtes effarées. On s'échange des mots avec la prof, on lui apprend "bonjour" "merci" "je t'aime" en langue des signes française, et elle fait de même en langue des signes coréenne. On sort de l'amphithéâtre dans la fac toute vide, et on se frotte les yeux de cette semaine sans fin. Je refuse qu'on me dépose en voiture parce que la musique et mes pas, j'en ai vraiment besoin. Pour évacuer tous ces jours qui s'étirent, qui s'étiolent, qui me font m'endormir en moins d'une minute dans le creux d'une épaule sitôt la lumière éteinte. Qui me malmènent et que pourtant j'aime. Qui me réveillent, qui me motivent, qui me soulèvent et m'épuisent. Cet automne tourbillonant qui n'en est pas encore un, c'est vraiment quelque chose qui me fait du bien. 

Posté par murmuration à 07:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]